Blonde électrique

photo: Pixabay

BLONDE ELECTRIQUE

 

 

                Blonde électrique, nymphette sauvageonne. Une petite brindille secouée par le vent, tout au plus. Elle subit les rafales, et ne retombe que rarement.

                Ses cheveux sont des fils tranchés au rasoir, ébouriffés, survoltés, indomptables. Ils crépitent autour d’elle, comme des centaines de flashs.  Ils sont désordonnés, têtus, toujours en colère, tétanisés. Leurs pointes comme des milliers de petites aiguilles scintillantes.

                Des yeux bleus, non, verts, ou les deux. Des yeux de piscine, ou de lagon tropical, ou aucun des deux. Petites fentes illuminées, qui capturent le jour et agrippent la nuit. Vifs, félins, féroces. Ils fixent, s’accrochent, se pendent, se suspendent. L’iris éclate, explosif. Déflagrations en cascades, éparpillement de couleurs. Petits bouts d’îles irisées comme un atoll autour de sa pupille.

                Son nez se tortille comme celui d’une petite fille. Subtil, taquin, moqueur, gouailleur. Toujours à l’affût, rien ne lui échappe. Minuscule relief, pic astucieux, pente malicieuse.  Il cherche, il traque, il débusque. Petit frémissement, léger ronflement, presque un ronronnement.

                Bouche en fraise tagada, pétillante, surexcitée. Elle brille, petite lanterne acidulée posée sur une peau fromage blanc. Petites lèvres charnues qui font la moue, lassées des spots et des paillettes. Amoureuse, collectionneuse, curieuse. Espiègle et sotte, petite effrontée, elle reste indisciplinée. Rose et sucrée, mielleuse ou caramélisée, comme une gourmandise offerte. Une récompense. Aventurière, rien ne lui fait peur. Piquante, brulante, parfois hurlante, elle prend des risques puis elle se tait.

                Son petit corps, ébréché par endroits, fissuré, craquelé, comme de la porcelaine usée. Un corps laiteux, neigeux, bonhomme en coton. Nuage de lait. Léger, fragile, précieux. De petits membres s’agitent aux extrémités, brouillons, chiffons, moulinets entêtés. Maladroit, débrouillard souvent poissard, il finit par être affamé. Affamé de jour, avide de nuit, il demeure insatiable. Molesté ou méprisé, personne n’en prend soin. Il continue de se mouvoir dans la pénombre, il erre sans but, aveugle et nu. Petit corps de chat sauvage, méfiant, belliqueux, soupçonneux. Sa peau de fromage blanc découpe l’obscurité, flash de chair argenté. Il surgit dans la nuit, saute puis retombe sans bruit. Il sait le silence. Il sait la solitude. Il connait l’ennui et le désastre. Désert de neige, froid et hostile, terre inaccessible. Il tourbillonne, virevolte, vrille, comme un grand élan glacé. Flamme gelée au mois de juin, forme poudreuse perdue au loin. Ses membres moulinent, ils moulinent et moulinent encore, inefficaces. Bruyants et vulgaires, incapables et impuissants. Son corps est si sec, si brut, farouche et inexploré, sauvage oui, sauvage.

                Blondinette électrisée, bestiole renfrognée. Un bonbon lancé contre le vent, rien de plus. Elle se cogne aux orages, et ne se relève pas vraiment.

Angélique Leydier

(c)2017 A.Leydier

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